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Épistémologie et didactique de la géohistoire


Thèse de Corentin BABIN (ESO Caen)
Direction :

Composition du jury :


    Cette thèse s’intéresse à la géohistoire, une approche particulière des liens entre espace et temps et plus largement des liens entre la géographie et l’histoire, universitaire comme scolaire. Ce travail organisé autour de versant : le premier est épistémologique et vise à définir le plus précisément possible la géohistoire comme champ de recherche. Le second versant est didactique et a pour objectif final de construire un curriculum alternatif en géohistoire pour le secondaire français.  

     La géohistoire est issue des travaux de l’historien Fernand Braudel dans les années 1940 avant d’être rejetée par celui-ci et de renaître en géographie depuis les années 1990. C’est aujourd’hui un champ de recherche dynamique qui part de l’hypothèse fondatrice que les événements sont situés et les lieux datés. Elle mêle donc  l’étude des sociétés à la fois sur un plan spatial et sur un plan temporel, accordant à ces deux dimensions la même importance dans la compréhension des événements et des phénomènes spatiaux. Toutefois, la géohistoire n’a jamais été clairement définie, ni située avec précision tant au sein de la géographie universitaire que des SHS en général. C’est pourquoi le premier versant de cette recherche est épistémologique.  Il s’agira d’établir un panorama le plus large possible de la géohistoire en se penchant d’une part sur ses domaines de validité, ses méthodes et outils mais aussi d’autre part sur sa nature et son statut scientifique et épistémologique.

    Ensuite, nous aborderons le second versant de notre travail : la didactique de la géohistoire.  Ceci passera tout d’abord par l’analyse de la place occupée par la géohistoire dans l’espace scolaire, tant celui de l’institution que celui des enseignant-es.  L’analyse des sources institutionnelles  permettra de cerner quels sont les domaines géohistoriques retenus et les mises en œuvre préconisées. Les pratiques enseignantes seront ensuite au cœur de mon enquête. L’objectif sera double : d’une part, analyser la construction du savoir géohistorique en contexte scolaire (transposition didactique, chronogénèse, savoirs de référence et curriculum) et d’autre part recenser et étudier les outils utilisés par les enseignant-es afin de faire de la géohistoire. Enfin, les élèves ne seront pas oubliés dans ce travail, avec une analyse de leur réflexion et méta-cognition face aux activités demandées : parviennent-ils à associer le temps et l’espace dans leur réflexion, en réussissant à dépasser la séparation espace – temps créée par les disciplines scolaires ? 

     In fine, je souhaite saisir les représentations de la géohistoire par les élèves et les enseignants : perçoivent-ils ou non sa spécificité ? Développent-ils  une conscience disciplinaire géohistorique ?  Si ce travail n’a pas pour but de créer de toutes pièces une nouvelle discipline scolaire avec un curriculum complet, j’envisage de proposer un curriculum alternatif de géohistoire, adossé au curriculum actuel d’Histoire-Géographie.  

     Afin de pouvoir récolter des données analysables pour ce travail, nous aurons recours à la méthodologie mixte. Pour cela, je prévois de mener des questionnaires auprès des enseignant-es, les outils numériques actuels autorisant la collecte et le traitement d’un grand nombre de données. Ensuite, j’observerai des séances en classes, en collège et en lycée. A l’issue de ces observations, il est prévu de conduire des entretiens, en direction des enseignant-es et des élèves. Ces différents entretiens seront semi-directifs dans un premier temps, centrés sur la mise en œuvre de la géohistoire (Quand ? Comment ? Quels objectifs d’apprentissage ? Quelle réception des élèves ?).  Ils évolueront dans un second temps vers des entretiens libres, approfondissant certaines questions autour des compétences travaillées, de la réception de ces séances par les élèves.