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Les cohabitations nocturnes dans les hypercentres

Exemples de Caen, Rennes et Paris.


Thèse de Étienne WALKER (ESO Caen)
Direction :
  • Patrice CARO, Université de Caen Basse-Normandie

Financement :
  • Moniteur à l'UFR de Géographie de l'Université de Caen Basse-Normandie


 

Résumé : La thèse actuellement en cours propose l'étude des rapports sociaux dans leur dimension spatiale et temporelle à travers l'étude des hypercentres nocturnes festifs des villes de Caen, Rennes et Paris.

Suivant des représentations, usages, pratiques, ressources et stratégies dissymétriques voire antagoniques, sortants, professionnels, habitants et politiques tentent de s'approprier un même espace au même moment, posant un problème de cohabitation, dont la multiplication récente des tentatives d'encadrement institutionnel serait le signe (chartes de vie nocturne, arrêtés, actions de sensibilisation, etc.). Cette juxtaposition incompatible d'usages différents (fête, production, sommeil, ordre) se matérialise dans l'espace et dans le temps par des "télescopages" entre acteurs porteurs de ces mêmes usages, de la tension latente au conflit ouvert.

Cette recherche vise ainsi à questionner la place de la fête dans la ville, et plus largement de la non-production dans l'ordre capitaliste dominant, du simple espace-temps de la consommation (espace public bourgeois), de la jouissance, ou au contraire de l'anomie voire de la subversion (espace public oppositionnel). Les sorties festives dans les lieux de vie nocturne institués (bars, bars de nuit, discothèques, salles de concert...) et instituants (espace public, appartements, squats...) sont analysées dans le temps et l'espace à l'échelle fine de l'heure, du jour et de la semaine, mais aussi de l'adresse et de la rue. Sont ainsi mis en évidence les mécanismes d'inégalités d'accès à la fête, de projections identitaires et sentiments d'appartenance, et finalement des tentatives d'appropriation de l'espace ou de changement social liés à la pratique de la fête dans la ville nocturne.

L'originalité du travail réside dans l'analyse des pratiques festives notamment au prisme de leur corollaire sonore : le bruit festif, produit d'une part et perçu de l'autre, permet d'appréhender l'essentiel des interactions existant entre deux groupes d'usage emblématiques (sortants et habitants). Ces interactions vont donner lieu à un ensemble de discours, réactions, régulations voire mobilisations de part et d'autre et constituent un des pans peu investigués pour apprécier les cohabitations urbaines. Cette thèse cherche ici à réintroduire le champ sonore au sein de l'approche géographique (diffusion et exposition sonore) et plus largement des sciences sociales (articulation bruit-gêne-plainte-mobilisation) en évitant l'écueil du déterminisme spatial ou métrologique.

Enfin, un travail questionnant la place et le rôle des institutions et des mobilisations est mené. De son volet sensibilisateur et incitatif (chartes, offre festive alternative, médiation de rue, prévention sanitaire...) à celui, coercitif voire répressif (SCHS, lois et règlements, préemption, fermeture administrative, contrainte policière...), l'exercice du pouvoir par les institutions (État, préfecture, mairie) est rapproché de celui exercé à des échelles micro (régulations individuelles, mises en association/collectif, syndicats de professionnels) afin d'alimenter la dialectique instituant-institué et d'appréhender les rapports de pouvoir dans la production de l'espace-temps des hypercentres nocturnes.

Ce travail de thèse se base sur une méthodologie mixte, associant lectures (ouvrages scientifiques, revue de presse, textes de loi, réseaux sociaux), exploitation de données statistiques (données INSEE à l'IRIS, enquêtes OVE), observation de terrain (caractérisation, quantification, localisation et temporalisation des pratiques festives, mesures sonométriques), questionnaires passés auprès d'habitants (statistiques multivariées) et entretiens (habitants-sortants, associatifs, professionnels, institutionnels).