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Soutenance de thèse - "Quand la ville de ne dort pas" : s'approprier l'epace temps hypercentral nocture par et autour de l'usage récréatif. Les exemples de Caen et Rennes. (Pour une approche aussi sonore des rapports sociaux de proximité)

Thèse de Etienne Walker qui sera soutenue le mardi 11 décembre 2018 à 14H Salle du Belvédère - Droit - Bâtiment D


Thèse de Étienne WALKER (ESO Caen) qui sera soutenue le 11 décembre (14H) à Salle du Belvédère - Droit - Bâtiment D
Direction :
  • Patrice CARO, Université de Caen Basse-Normandie


Composition du jury :
  • Membre du jury : Madame Anne-Cécile DOUILLET, Professeure des Universités, Université Lille 2 Droit et Santé, Rapporteur. Monsieur Guillaume FABUREL, Professeur des Universités, Université Lyon 2 Lumière, Rapporteur. Monsieur Yves BONNY, Maître de Conférences, Université de Haute-Bretagne Rennes 2. Monsieur Patrice MELÉ, Professeur des Universités, Université de Tours François Rabelais. Monsieur Fabrice RIPOLL, Maître de Conférences, Université Paris 12 Val-de-Marne. Monsieur Patrice CARO, Professeur des Universités, Université de Caen Normandie. Directeur de thèse.


 

Résumé : 

Cette thèse se propose d’analyser la ville contemporaine à partir des cas de Caen et Rennes et du prisme récréatif nocturne, dans une perspective morphogénétique, polémologique et dimensionnelle. Au travers de méthodes qualitatives (entretiens compréhensifs et analyse de discours, revue de presse, d’archives et de documents institutionnels) et quantitatives (statistiques uni-, bi- et multivariées réalisées sur des tableaux de données du recensement et de questionnaires notamment) spatialisées et temporalisées, ce sont les mobilisations des « sortants », « commerçants », « cohabitants » et institutions pour l’appropriation de l’espace-temps hypercentral nocturne qui ont fait l’objet d’analyses. Une première partie donne à voir l’importance de l’usage récréatif au sein des hypercentres de Caen et Rennes la nuit. Attribut central de la jeunesse, les sorties récréatives – plus que proprement « festives » en fait – sont dûment polarisées par une offre commerciale dédiée nombreuse et hypercentrale. Autour et à proximité parfois immédiate, sont amenés à cohabiter pour bonne part ces jeunes sortants une fois rentrés chez eux, mais aussi d’autres populations beaucoup plus insérées socialement – sur un plan professionnel, mais aussi parental et résidentiel. Ainsi, une « situation tensionnelle » entre usages reproductifs – i.e. récréatif et biologique – se dessine au sein des hypercentres durant le temps de la nuit. Une seconde partie insiste sur la manière dont certains sortants et commerçants se mobilisent au travers de l’usage récréatif nocturne, les uns dans la manière de se sociabiliser entre pairs au sein de bars et discothèques dûment sélectionnées, les seconds du fait de leur souci à attirer les premiers au sein de leurs établissements, mais aussi à les gérer. Ponctuellement, ces mobilisations quotidiennes cèdent le pas à des mobilisations politiques collectives, dès lors que l’appropriation récréative nocturne de certaines rues et place chez les sortants d’une part, la continuité de l’activité commerciale chez les commerçants de l’autre, sont menacées. Une troisième partie s’intéresse aux mobilisations des cohabitants autour de cet usage récréatif nocturne. Une fois la division sociale des hypercentres établie, différents caractères ont été mis en évidence pour expliquer l’inégal ressenti notamment sonore de cet usage, caractères aussi bien acoustiques et liés à l’exposition, que sociologiques. Sans doute davantage que ces deux premiers facteurs, il apparaît que l’appréciation des sorties récréatives nocturnes avoisinantes a fortement à voir avec l’évolution au sein des cycles de vie, les insertions professionnelles, et surtout l’ancienneté et la propriété allant de pair avec l’expression d’une plus forte gêne. Cette dimension cognitive se double d’un volet actionnel : si ceux qui entretiennent un rapport encore intime avec lesdites sorties se limitent, en tant que cohabitants, à s’adapter à leur marquage sonore ou à confronter leur bruiteur, le recours aux institutions et l’action collective semblent le propre de ceux qui s’en distancient. Enfin, une ultime partie s’intéresse à la manière dont les institutions gouvernent ces différentes mobilisations « ordinaires ». Si les années 2000 ont été marquées à Rennes et même à Caen par la répression policière et administrative des commerçants et surtout des sortants, si le détour des décennies 2000/2010 l’a notamment été par la contractualisation avec les premiers et la « sanitarisation » surtout communicationnelle des seconds, un changement semble se dessiner ces dernières années. Dans un contexte de restrictions budgétaires étatiques mais aussi municipales croissantes, les commerçants semblent de plus en plus considérés par les institutions tels des auxiliaires d’ordre et de santé publics – nombreux et économiques –, utiles pour gouverner à moindre coût la déviance des sortants. Relativement peu suivis par les institutions, les cohabitants mobilisés font même l’objet de dispositifs spécifiques conduisant à leur neutralisation. Se dessine somme toute le passage progressif de l’économie fordiste où la nuit servait dans le cadre du sommeil à reproduire la force de travail diurne à une économie post-fordiste 24h/24, où la nuit devient un vecteur permettant de satisfaire aux besoins eux aussi reproductifs et nocturnes, mais récréatifs, du capitalisme devenu aussi cognitif.


Soutenance de thèse

Soutenance de Thèse d''Etienne Walker