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L’habiter enseignant à l’épreuve des mobilités.

Étude comparée des académies de Caen, Créteil, Bordeaux et de la Réunion.


Thèse de Jules POURIEL (ESO Caen)
Direction :

Composition du jury :


    L’objectif de cette thèse est d’interroger la manière dont est perçue la procédure de gestion centralisée et contrainte des mutations par les enseignants et d’étudier les stratégies que ces derniers déploient pour la surmonter. Les mobilités professionnelles peuvent être sources de peur et d’angoisse en ce qu’elles sont subies en début de carrière et restent contraintes par la suite. Derrière cet aspect spécifique du métier se cachent la crainte du déracinement et l’inquiétude d’être éloigné de ses proches pour une durée indéterminée.

     

    La notion d’habiter permet de comprendre l’inscription territoriale des enseignants au sein de tissus socio-spatiaux qui peuvent leur être inconnus. Je la convoque pour analyser les modes d’appropriation de l’espace par les enseignants. Cet habiter est mis à l’épreuve par les mobilités qui viennent fragmenter leurs espaces de vie. En effet, il existe parfois une déconnexion importante entre les lieux de résidence et de travail des enseignants. Si la localisation de l’établissement peut être contrainte et subie, le choix de celle du logement l’est moins. L’hypothèse selon laquelle la déconnexion entre le lieu de résidence et le lieu de travail est d’autant plus importante que l’établissement se situe dans un territoire défavorisé, ou à l’inverse très favorisé, sera à vérifier.

     

    Les mobilités renvoient à la fois aux mutations professionnelles et aux déplacements pendulaires des enseignants. Elles désignent l’un des aspects les plus répulsifs du métier en même temps qu’elles constituent un levier de promotion sociale. En effet, l’enseignement offre peu de perspective d’évolutions de carrière. Les changements d’établissement (mobilité horizontale) visent à trouver le lieu idéal d’exercice. Ces mobilités permettent ainsi de lire le degré d’attractivité des territoires et des académies. C’est pourquoi mon terrain comporte quatre académies aux profils distincts : Bordeaux est une académie très attractive ; Caen est une académie moyennement attractive ; Créteil est peu voire pas attractive ; et La Réunion constitue l’académie la plus attractive d’Outre-Mer. L’approche multiscalaire joue ici un rôle déterminant puisqu’au sein des académies, il importera de replacer les établissements dans des contextes spatiaux (urbain, périurbain, rural) et socio-économiques distincts.

     

    La méthodologie mixte (entretiens et traitement de données statistiques) a pour but de recueillir la parole des enseignants pour ordonner leur mouvement et trajectoire, faire émerger du sens et comprendre les stratégies mobilisées. On peut émettre l’hypothèse que les enseignants tentent de rejoindre leur académie d’origine et sont à la recherche d’une centralité toujours plus affirmée. La question de l’abolition de la distance se pose alors. La géographie de l’éducation, que je souhaite mener, est sensible et replace les acteurs au centre. Je souhaite essentiellement questionner l’articulation entre la nécessité de ventiler les enseignants sur le territoire et les vœux de mutations des enseignants qui peuvent entrer en contradiction ; les enjeux liés à la réussite des élèves ; l’attractivité du métier enseignant ; les stratégies déployées par les acteurs éducatifs.