ACCÈS AU SITE DE L'UMR

Construction et pratiques de l’espace rural chez l’enfant : (se) représenter et (se) projeter (dans) un espace-temps transitoire

Etude expérimentale au sein du PNR Normandie-Maine


Thèse de Louise SAGOT (ESO Caen)
Direction :


 

Ce projet de recherche ambitionne un apport de connaissances sur les représentations de l’espace rural chez l’enfant qui y vit, et sur sa capacité à en imaginer le devenir. Si la ruralité a connu de profondes mutations agricoles et sociales ces dernières décennies, des transformations continuent d’opérer et posent la question du devenir des campagnes (BONNAMOUR, 1997). Mais qu’en est-il des principaux concernés, à savoir les adultes de demain ? Ce travail entend engager un processus de recherche-action auprès des enfants qui vivent en espace rural, et plus particulièrement dans des classes de cycle 2 et 3, respectivement cycle des apprentissages fondamentaux et cycle de consolidation. En s’intéressant aux représentations et aux aspirations de l’enfant, c’est davantage sur le rôle de l’éducation et de la socialisation que ce travail s’attardera, afin de comprendre la façon dont elles se construisent (sous-axe 1 de l’axe 2 du programme ESO 2012-2015).

Cette étude sera réalisée sur l’étendue du Parc Naturel Régional Normandie-Maine (164 communes et 14 villes-portes réparties sur 4 départements et 2 régions – 260 000 hectares – 170 000 habitants). Nous nous intéressons à ce territoire qui par définition, est à dominante rurale et dont l’équilibre est fragile. Par ailleurs, l’hétérogénéité de cet espace constituera une base pertinente pour la démonstration de la diversité potentielle des espaces ruraux à cette échelle. Aussi, en tant que structure, le PNR sera acteur de cette recherche-action en cela qu’il encourage tant la part scientifique que la part expérimentale de cette démarche et y contribuera par un apport institutionnel et technique. Enfin, l’espace du PNR Normandie-Maine est privilégié car il permet de s’émanciper des limites politiques et administratives, et ce pour mieux en cerner les transformations (sous-axe 3 de l’axe 1 du programme ESO 2012-2015). Face aux récentes réformes scolaire (Réforme des rythmes scolaires par décret de janvier 2013) et territoriale (Réforme de janvier 2015) mises en place par le Gouvernement, nous assistons à une réorganisation des espaces et des sociétés à l’échelle nationale comme à l’échelle locale. Dans ce contexte, deux principales attitudes se manifestent chez les acteurs locaux : désarroi et difficultés d’application pour certains, appropriation et initiatives locales pour d’autres. Bien que contradictoires, la considération de ces deux cas soulève des enjeux propres à l’action territorialisée ­—singulière dans les espaces ruraux— et questionne l’impact de la reconfiguration temporelle (scolaire, périscolaire, lié à une nécessaire mobilité) et spatiale (communes nouvelles, intercommunalités, regroupements scolaires) dans le rapport qu’entretiennent les enfants avec l’espace géographique. Cet état que nous pouvons qualifier de transitoire, repose sur des structures mouvantes, incertaines. Comment dès lors, peuvent-ils se repérer et donc se construire et se projeter, dans un monde bouleversé (BONNAMOUR, 1997) ?

Ce travail de rechercheentend mobiliser les outils et méthodes courants de la Géographie sociale tant par une méthodologie quantitative que qualitative, tout en engageant une démarche expérimentale, active et inductive. Celle-ci permettra d’actualiser la description des phénomènes et d’en faciliter la compréhension et la communication auprès d’un public plus large que le seul ensemble universitaire (axe transversal du programme ESO 2012-2015). En proposant une étude sur le temps long, et en s’appuyant sur une analyse des résultats autant que du processus, cette thèse a pour objectif de proposer une lecture du rapport qu’entretiennent les enfants au réel et à l’imaginaire, à l’espace vécu et à l’espace rêvé. Il s’agira pour cela d’identifier les facteurs qui participent à la construction de leurs représentations et à leur expérience des espaces ruraux ; et de comprendre dans quelles mesures ils interagissent.

Nous présumons que l’expérimentation intrinsèque à cette recherche-action puisse prendre la forme d’une fabrique, montrant que les espace-temps créés par les transformations sociales et spatiales en cours nécessitent une pleine possession et implication de la part de l’ensemble des acteurs locaux (axe 3 du programme ESO 2012-2015). Nous supposons montrer au long de ce projet dans quelles mesures ces lieux et nouvelles temporalités permettraient (notamment dans le cadre des Projets Educatifs Territoriaux (PEDT)) d’agir sur la capacité des enfants à connaître, représenter et se projeter dans cet espace qu’ils seront amenés à s’approprier, vivre et aménager.

Pour mener à bien ce travail, nous adopterons trois approches : la première consistera à observer l’enseignement de la géographie sur l’ensemble des niveaux étudiés au sein de deux écoles différentes, afin de prendre connaissance du niveau des élèves, et des méthodes et discours usités. Une seconde étape sera la mise en place d’ateliers interdisciplinaires, où prédomineront le regard géographique et l’expression plastique. Ces derniers se dérouleront principalement durant les Temps d’Activités Périscolaires (TAP), avec trois classes de chaque niveau, réparties dans différentes communes, déterminées selon leur typologie. Sur la base de réalisations individuelles (cartes mentales, cartes postales paysagères) et collectives (représentations à plusieurs mains, correspondances inter-locales), nous traiterons la description, l’organisation et l’interprétation des résultats graphiques par les techniques de dimensionnement, de classification et de rangement. Une modélisation des résultats rendra compte des interdépendances des échelles individuelles et collectives (l’enfant, la classe, l’école, la commune, l’intercommunalité, l’espace géographique). Lors de temps d’échange autour de travaux de référence et de leurs productions, une analyse verbale, et para-verbale envers des pairs, envers des pairs « inconnus », et envers des adultes sera réalisée. L’ensemble constituera des matériaux scientifiques graphiques, sonores et vidéographiques. Enfin, des entretiens seront réalisés auprès du personnel encadrant (enseignants, ATSEM, animateurs), des élus locaux et du personnel institutionnel (PNR Normandie-Maine, conseillers pédagogiques) afin d’en préciser les perceptions, pratiques et aspirations.