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Théâtre et internationalisme 2 : Le Théâtre de Mohamed Boudia et l'édition militante

Séance du séminaire Pratiques et Pensées de l'Emancipation


Amphi MRSH , du Jeudi 11 avril 2019 de 16h à 18h

Intervenants:

Luc Chauvin-Bertrand est docteur en sciences politiques. Il travaille depuis des années sur les productions culturelles algériennes et sur leurs liens avec les expériences politiques passées et présentes, de la décolonisation aux luttes pour l’autonomie des jeunes Algérien et Algériennes aujourd’hui. Il a participé à la réalisation et à l’édition des Œuvres complètes de Mohamed Boudia, PMN Éditions, 2017.

Nils Andersson est né en Suisse d’un père suédois et d’une mère française. Très vite animé par la littérature et l’engagement il est responsable du programme culturel suisse au Festival mondial de la jeunesse à Moscou en 1957 et fonde surtout la même année à Lausanne une nouvelle maison d'édition suisse, La Cité Éditeur. En plein guerre d’Algérie, La Cité Éditeur réédite des livres censurés par le gouvernement français comme La Question d’Henri Alleg ou La Gangrène, après sa saisie aux Éditions de Minuit, entre autres. En 1962 il publiera les deux pièces de théâtre écrites en prison par Mohamed Boudia,Naissances et l’Olivier. Il est l’auteur de : Mémoire éclatée. De la décolonisation au déclin de l’occident, Éditions d’en bas, 2016.

Résumé de la séance : 

L’histoire des décolonisations est remplie de volontés de lier au temps des luttes armées et politiques les expressions mêmes des révolté.e.s contre l’oppression et les systèmes coloniaux. La littérature, la poésie, la peinture, la musique, le théâtre ont accompagnés les décolonisations et attestent de toutes les résistances à l’aliénation arrachées grâces aux mots et à l’art. L’histoire de Mohamed Boudia illustre ces temps mêlés de l’action politique et d’une culture se voulant libératrice. En 1961, en pleine guerre d’Algérie, Nils Andersson et la Cité Éditeur éditent en Suisse deux pièces de théâtre,Naissances et l’Oliver écrites par Boudia alors emprisonné pour son action armée contre le colonialisme français et pour la libération de l’Algérie. Ces deux pièces s’ajoutent alors à toutes les productions culturelles annonçant le futur libéré de l’Algérie et l’incarnent un peu plus dans les prisons françaises et jusqu’en Tunisie. Comment retracer dès lors les fils de cette histoire théâtrale particulière qui nous place à l’intersection des mondes des opprimés en lutte, de ceux des geôles coloniales, ceux des scènes théâtrales et du théâtre classique, et de ceux des « frères et compagnons » soutenant la lutte du peuple algérien ?

En partant de « l’expérience sensible » du théâtre faite par le jeune Mohamed, enfant des rues de la Casbah, jusqu’à Boudia administrateur du Théâtre National Algérien à l’Indépendance, nous pouvons voir à quel point un théâtre politique a existé en Algérie comme pièce maîtresse d’une théorisation et d’une mise en pratique d’une culture nationale populaire et révolutionnaire. Cette culture, se voulant fidèle au contexte politique et au besoin populaire d’un peuple combattant l’aliénation coloniale, a largement irrigué la culture nationale algérienne. Bien plus nous verrons qu’elle ne serait rien sans un perpétuel aller-retour avec un horizon internationaliste. Le théâtre de Mohamed Boudia n’a cessé de se tenir sur cette ligne de crête, utilisant à souhait toutes « les armes » disponibles, du théâtre à la solidarité, de l’édition militante aux « porteurs de valises ».

 

Discutante : Emmanuelle Thiébot